Semaine Digitale de Bordeaux

Conférence du lundi 21 mars à 14h30 : « Facebook ou la tentation de la démocratie directe »

Bien sûr ce compte-rendu n’est pas exhaustif…

Les participants :

Anne-Sophie Bordry, directrice des affaires publiques de Facebook France et Europe du Sud
Elizabeth Linder, International Communications and Public Policy Facebook Monde
Alexandra Siarri, adjointe au maire chargée de la lutte contre les nouvelles précarités
Fabien Robert, maire adjoint de la ville de Bordeaux, quartier St Michel/Nansouty/St Genès

Les représentantes de Facebook ont donné des précisions techniques sur les fonctionnalités et usages des pages perso ou pro, ont parlé du rôle global de Facebook ; les deux élus quant à eux ont apporté leur témoignage sur leur utilisation des réseaux sociaux.

Alexandra Siarri et Fabien Robert possèdent tous deux des pages Facebook (page perso pour la première, page perso + page fan de quartier pour le second), à travers lesquelles ils échangent avec les citoyens, lancent des débats, et donnent des informations. Leur présence sur les réseaux sociaux vient d’une volonté d’être « là où sont les gens », en l’occurrence les réseaux ; et surtout, d’être présents dans un espace où les gens se retrouvent spontanément, sans qu’on les y oblige, avec pour challenge de faire revenir les gens vers les élus, les intéresser à nouveau à la politique et aux problématiques citoyennes. Les reconnecter en quelque sorte.
Des problèmes de voiries au débat sur les Roms, les deux élus ont expérimenté les joies de la démocratie directe sur le web. Avec, pour les débats plus sensibles, des conversations que l’on imagine longues et difficiles…
Alexandra Siarri soulignait cependant que dans l’ensemble, malgré l’impression d’immédiateté que procure la conversation directe, les gens étaient relativement tolérants vis-à-vis de la capacité de réaction des élus.

Autre problème évoqué : le caractère chronophage de l’exercice ; comme le faisait remarquer Anne-Sophie Bordry, une page Facebook doit être annexée à d’autres dispositifs : blog, twitter, etc. Gérer l’ensemble du dispositif peut donc s’avérer fastidieux pour un élu.

À défaut d’être réellement formés sur le sujet (enfin, en fait, je n’en sais rien), les élus débattent entre eux de l’intérêt de leur présence sur les réseaux sociaux, et au besoin s’y encouragent ; ce qui est plutôt une bonne nouvelle. J’aurais aimé en savoir plus sur la façon dont les élus locaux étaient sensibilisés aux joies du web, si chacun se débrouillait à partir de ses propres pratiques personnelles, ou s’ils avaient l’occasion de croiser des « pros de la com ». (Pour les élus de niveau national, la question ne se pose pas, ils sont entourés.)

Quelques questions/réflexions ont pointé la difficulté de perception de la différence entre page personnelle et page professionnelle (d’ailleurs, après petit sondage à main levée, beaucoup dans la salle avaient des pages perso et peu de pages pro – honte à moi d’ailleurs) ; puis la difficulté du concept d’ »ami » ou de « fan » qui peut sembler indiquer que vous êtes soit super pote, soit politiquement en accord avec la personne que vous suivez sur Facebook. En tout cas, ces principes semblent gêner certaines personnes (mais Facebook n’oblige pas à être fan de qui que ce soit pour être actif sur une page tierce). Peut-être faudrait-il un bouton « ça m’intéresse, mais de loin » ?

Un petit problème de conscience a été soulevé : Facebook est un média privé, qui récupère des données à des fins commerciales, ce qui n’est pas compatible avec une utilisation à des fins citoyennes… Ce à quoi Anne-Sophie Bordry et Elizabeth Linder répondent qu’une chaîne de télévision, par exemple, peut aussi être privée. Et que Facebook devient bien plus qu’un simple média, presque une sorte de repère pour la population, comme l’ont prouvé certains grands événements à l’étranger.

Autre sujet, celui de la présence supposée réelle du politique derrière sa page Fan. En effet, rien ne dit qu’un élu se trouve réellement être l’auteur de ses publications, et encore moins le modérateur de sa page. Fabien Robert a fait remarquer que quand l’élu n’était pas réellement impliqué dans sa page Facebook, cela se voyait assez facilement et ôtait tout l’intérêt de la chose. De plus, les élus locaux « croisent les gens dans la vraie vie », ce qui oblige à une certaine sincérité, et à un réel effort de présence.

Ce genre de conférence-débat est toujours un peu court, toutes les questions n’ont pas été posées mais justement, le débat peut sans doute continuer sur les pages de nos élus.

- La page Facebook d’Alexandra Siarri est ici ; et son blog « vous avez dit durable ? » ici.

- Celle de Fabien Robert ici (page de quartier) ; et son blog-notes ici.

(Ention et damnafer, pas trouvé de profil Twitter !)

Facebook peut donc avoir un rôle de plateforme d’échange pour les politiques, surtout pour les élus de proximité (élus locaux, députés…), qui semblent aborder les réseaux sociaux de leur propre initiative ; les élus nationaux et en particulier ceux de la majorité, l’utilisent comme vecteur d’information (la communication descendante), et encore sans en exploiter toutes les possibilités (diffuser un peu d’infographie par exemple ?). De plus, la plupart d’entre eux en confient certainement la gestion à des community managers.

Tous nos encouragements donc à ces élus locaux qui essayent de remplir leur contrat au mieux, en restant proches et disponibles pour les citoyens…

Pour aller plus loin :

- via @mygreg, vidéo de Sandrine Bélier et Benoît Thieulin de la Netscouade
Où l’on parle de la nécessité de communication descendante, mais aussi du besoin de création de débats et de contenus pédagogiques pour mieux défendre les idées politiques ; de l’évolution réelle de la politique (et pas seulement de la communication politique) qu’apporte le web, par la sollicitation constante des politiques par les citoyens sur les réseaux sociaux, l’obligation de moins segmenter leurs discours et d’être toujours cohérents, bref une sorte d’élévation du niveau d’exigence globale ; du pouvoir grandissant du citoyen à s’inviter dans les débats et à se mobiliser très rapidement pour une cause… etc.

- Top 100 des politiques sur Facebook

- Un article du blog Culture Connexion sur l’utilisation des réseaux sociaux par les politiques

- Pargatruk s’exprimant à propos des ministres sur Twitter

- Et mon modeste exercice de curation : politiscreen.fr (qui concerne plus globalement « politiques et écrans numériques »)