Certaines actions de communication politique sur le web incitent parfois à se poser quelques questions, même en tant que simple citoyen.

La dernière en date, thesolferishow.fr, peut laisser perplexe. Pour ceux qui ne connaissent pas, le site a été élaboré par le collectif France à Venir, composé de jeunes proches de la majorité présidentielle. Il dénonce notamment les contradictions existant entre les différents membres du PS, en opposant visuellement des citations des uns et des autres.

Fausses notes

Premier malaise : une mauvaise gestion de l’acquisition des noms de domaines a entraîné un cybersquatting, et l’auteur de celui-ci en a profité pour narguer gentiment les jeunes populaires. Le « faux site » a donc généré un buzz assez mérité. Quand on sait que les deux premiers essais du collectif France à Venir, PS Academy et SecretPStory, n’ont pas été des succès, cette dernière boulette va rester lourde à digérer.

Deuxième malaise : le contenu. Mettre en avant des citations contradictoires de membres d’un même parti n’est pas une mauvaise idée en soi. Par contre, que proposent les auteurs du site – puisqu’ils sont engagés politiquement – sur les thèmes évoqués (sécurité, retraites, politique étrangère…) ? En quoi ce site exprime-t-il leurs valeurs politiques ?

Ces deux points me mettent mal à l’aise pour une même raison : n’importe qui aurait pu faire ce site, autant pour le fond que pour la forme. Parce qu’il n’y a pas de vrai travail sur le plan politique, ni de trouvailles sur le plan de la com’.

Peu importe qu’il s’agisse de ce site en particulier, et de l’UMP. Tout le monde se souvient du « Désir d’Avenir » de Ségolène Royal (rien que d’y penser j’en ai encore les yeux qui piquent) ; et puis d’une manière générale, en faisant un tour sur les dispositifs web de nos élus (blogs, site de mairies, sites de micro-partis, pages Facebook, comptes Twitter, etc), on peut voir qu’il reste du boulot à faire.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Si l’on revient quand même à thesolferishow.fr, face à cet amateurisme apparent, on peut donc se poser la question de la présence ou non d’une stratégie… Qu’y a-t-il derrière tout cela ?

L’article de Poligeek sur le sujet est très bien écrit et je vous invite à le lire. Il est vrai que de telles initiatives permettent à la droite de riposter face aux attaques mordantes des sympathisants de gauche, que ce soit en presse traditionnelle ou sur le web, tout en employant à peu près le même ton.

De plus, les jeunes font office de « branche annexe » de l’UMP en distribuant une com’ parallèle, sous couvert « d’audace », de « liberté de ton », et de volonté de « délivrer du contenu (sur le web) de façon innovante » (termes employés par France à Venir). Les messages passent, mais ils n’émanent pas directement des ténors de la droite. D’ailleurs, Matthieu Creux, responsable web des Jeunes Pop, interrogé sur thesolferishow, a bien précisé que le projet était « indépendant de l’UMP ». Il est vrai aussi que, quoiqu’il arrive, on peut évidemment parler de buzz pour l’UMP, et au moins, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas essayer de se mettre au web…

Pour ma part, je ne suis pas convaincue de l’efficacité des bad buzz en terme de politique. Car il s’agit bien de bad buzz ici, au moins à cause du cybersquatting. Je pense aussi que, lorsqu’on élabore une stratégie, surtout à ce niveau, il faut en surveiller la réalisation.

Bref, certains diront que ce site est cohérent, et fait partie d’une com’ plus globale ; mais pour moi, une fois de plus, les politiques semblent prendre le web pour un vide-poche plutôt qu’un outil ; par la même occasion, ils prennent les internautes et électeurs (potentiels) pour des amateurs de réclame.

Je passe sur le fait que ce genre de guéguerres entre UMP et PS servent un autre parti, encore moins subtil que les deux autres. À ce sujet, un site « observatoire des mensonges de la gauche » (cette fois-ci lancé par les Jeunes Populaires) devrait arriver ce mercredi.

Quelle image pour les politiques ?

Ces actions de type « thesolferishow » démontrent sans doute l’obsession des politiques à vouloir se mettre au niveau du « peuple » (d’ailleurs, hors contexte web, cela me rappelle les attaques visant le langage de Nicolas Sarkozy). Quitte à zapper tout effort didactique, et tout raisonnement de fond, au cas où cela fatiguerait l’auditoire ; comme je le suggérais plus haut, pourquoi adopter un vrai langage de com’ puisqu’il est tellement plus facile de faire de la réclame ?

Nous sommes donc en plein nivellement par le bas ; on peut le tolérer, sous prétexte de stratégie de com’ ; je préfère qu’on le dénonce, et que l’on se tourne vers des pratiques plus constructives. Cela demanderait plus de travail (ce travail peut être confié à des pros, soit dit en passant), mais cela nuirait moins à la crédibilité des politiques.