Passer du salariat au freelance, c’est toute une histoire.

La gestion du temps

Installée en freelance après plusieurs années en agence de com, mon plus gros problème, au départ, a été de penser que les journées m’appartenaient. J’étais libérée du salariat et de ses contraintes horaires, la pendule qui indiquait 9h du mat’ (heure à laquelle je débutais auparavant mon travail en agence) paraissait me promettre une journée longue, toute à moi, dans laquelle je pourrais travailler à mon rythme, donc être plus efficace, donc produire davantage. En réalité, les premiers temps, j’ai eu beaucoup de mal à rester productive en journée (pour cause d’éparpillement façon puzzle).

Pour ceux qui sortent d’un poste en agence, je pense qu’il faut éviter de croire que l’on sera dix fois plus efficace à la maison que sur son lieu de travail. Certes, on perd moins de temps en réunion, au téléphone, en discussions, mais on perd du temps ailleurs. Du coup, ma mauvaise gestion du temps qui passe entraînait une fâcheuse tendance à étaler mon labeur jusqu’au soir (oui bon en fait, c’est toujours le cas, mais moins). Je me suis donc résignée à prendre en compte le fait que les jours n’étaient pas extensibles, j’ai réduit mes « to-do lists » en conséquence. Bref, je n’essaye plus de caser 12 154 choses sur une même journée, ce qui me donne un peu de marge pour les « imprévus » (coup de fil client, bug de dernière minute à réparer, etc).

L’idéal est de connaître son propre rythme, et de l’écouter, en casant par exemple des activités moins contraignantes aux périodes de la journée où l’on est moins « à fond ». En réalité, c’est de toute façon le travail lui-même qui détermine le rythme de l’emploi du temps ; difficile donc de trouver une vraie liberté d’organisation.

Pour ceux qui ont trop de mal à travailler à domicile, pour une raison ou une autre, le co-working est-il une solution ? Pour ma part, j’expérimente une forme de co-working depuis deux mois. Cela me permet de sortir de chez moi, voir des collègues, échanger des idées, des news  et de rythmer ma journée. Je peux donc alterner entre travail au bureau et travail à domicile, ce qui est une sacrée chance. Par contre, si l’on choisit cette option, il faut veiller à plusieurs choses : le lieu de travail ne doit pas être éloigné du domicile ; le loyer doit constituer une charge raisonnable par rapport aux revenus ; les locaux doivent être agréables (exemple : local silencieux, bien éclairé, bonne connexion internet, présence d’un esclave pour faire le café ! etc).

La gestion des projets, les relations clientèle

En ce qui me concerne, mon activité salariée, en agence, consistait uniquement à réaliser des travaux graphiques ; le contact avec la clientèle, l’élaboration des devis, etc. étaient réservés aux commerciaux. Évidemment, ces derniers aspects font à présent partie de mon travail.

L’élaboration des devis :

Quand on est dépourvu d’expérience dans un domaine, le premier réflexe consiste à aller chercher conseil sur les forums de sites spécialisés, dans les commentaires d’articles sur le sujet, etc. Souvent, le même conseil revient : surtout, ne pas sous-évaluer ses prix, remarque qui finalement ne fait pas avancer grand monde. Le mieux, pour moi, a été de demander conseil à des collègues graphistes freelance qui m’ont (gentiment) indiqué les tarifs qu’ils pratiquaient ; ensuite, pour chaque projet, j’essaye d’être la plus pragmatique possible. En plus du temps de travail de création et de réalisation, je prends en compte le temps que je passerai à la préparation des livrables, en déplacement, en réunions téléphoniques, etc.

Je pense aussi que, quitte à paraître procédurier(ère), mieux vaut se tenir à une méthodologie : dans la prise de brief, les étapes de validation, la livraison des fichiers… Quand un client est sympathique, on a toujours tendance à être moins rigoureux (exemple, on accepte un brief oral vite fait), ce qui peut être préjudiciable pour le déroulé du projet.

La gestion des projets :

Bien sûr, tous les projets ne se déroulent pas comme prévu ; et quand surgissent les problèmes, les freelances sont seuls face à leur client et leurs responsabilités… Pour éviter certains soucis, il faut prendre ses précautions en amont, d’où la nécessité de rigueur dont je parlais plus haut. Un brief écrit, un rétroplanning écrit, une description des livrables écrite, etc, sont autant de « blindages ».

Il faut parfois aussi, face à certains clients, réussir à s’imposer ; c’est beaucoup plus difficile pour un freelance, mais c’est essentiel. On vous sollicite pour vos compétences, il faut les faire valoir (oui je sais, facile à dire). Et puis, surtout ne pas se laisser démoraliser à cause d’un projet qui se passe moins bien que prévu : les projets suivants se dérouleront mieux !

La nouveauté, donc, quand on devient freelance, est de devoir « affronter » le client directement. Certes, les exigences des clients peuvent parfois représenter des contraintes assez lourdes (d’où la notion très relative de « liberté » du travailleur indépendant) ; pourtant, le fait de connaître le client, ses besoins, ses envies, est un moteur énorme ; ma motivation sur un projet est à la mesure de mon implication dans celui-ci. Et quand tout se passe bien, les occasions d’échange et de partage avec le client sont des moments de vraies récompenses.

L’auto-formation, la veille : évolution du métier

La veille (artistique, technique, etc) est une activité que tous les travailleurs du web connaissent et pratiquent. Travailler dans le web, c’est courir après quelque chose qu’on ne rattrapera jamais. Une fois cette idée acceptée, il faut ensuite apprendre à courir !

L’activité de veille est très chronophage ; l’idéal est de pouvoir la caser régulièrement dans le planning ; dans mon cas, en réalité, le travail de production est prioritaire. J’ai du mal, par exemple, à consacrer suffisamment de temps à l’auto-formation ; par contre, certains de mes projets m’ont obligée à progresser rapidement dans certains domaines.

La solution peut aussi être de se payer des formations (on apprend plus vite avec un formateur) ; mais il existe tellement de tutos sur le web…

En veille, pour être le plus efficace possible, il faut d’abord passer du temps à trouver les bonnes sources, en fonction du type de veille que l’on veut faire. Puis les réunir, les organiser, les consulter facilement grâce à des outils appropriés (que l’on trouve en faisant de la… veille !).

On apprend beaucoup moins en étant seul ; créer des rencontres avec des gens qui pratiquent le même type de métier, ou participer à des événements pros, peut relancer l’enthousiasme (ou le renforcer). Je me suis rendue à Paris Web cette année, je me suis trouvée au milieu de gens qui partageaient les mêmes préoccupations et les mêmes envies que moi, j’ai vu des conférences de grande qualité (sur des thèmes liés à la pratique du métier ou des thèmes plus techniques), j’ai appris des choses, j’ai été conforté dans certains de mes points de vue… Bref, je ne regrette absolument pas le déplacement. Seul bémol : ce genre d’événement coûte assez cher pour un free… Mais il y avait visiblement un assez grand nombre d’indépendants parmi le public de Paris Web.

Le côté « administratif »

Cotisations, taxes, assurances, facturation, tréso, tableau Excel, gestion du matériel… Confrontée à des paperasses ou des corvées que j’évitais soigneusement auparavant, je tâche d’être de plus en plus organisée, afin d’y passer le moins de temps (et de sueur) possible. Encore plein de choses à améliorer, mais je suis en progrès, grâce notamment aux conseils de personnes plus expérimentées que moi sur ces questions. Cependant, j’ai la chance de pouvoir fonctionner avec une compta très simplifiée ; je ne sais pas ce que ça donnerait si je devais monter mon entreprise…

Certains sites sont porteurs d’informations précieuses sur la vie de freelance (administratif ou vie quotidienne, anecdotes…) : Le site de la Maison des Artistes, le Kit de survie des métiers graphiques, Kob OneEclaireur.net, le blog du freelance… Et bien sûr, l’échange avec d’autres freelances de votre entourage est très utile, puisqu’ils rencontrent les mêmes problèmes que vous.

L’entourage pro

Cela rejoint l’ensemble des thèmes évoqués plus haut : sorti de l’entreprise, fini le confort de l’environnement professionnel… Il faut donc se le recréer, afin d’en retirer tous les avantages (sans les inconvénients) !

Le nouvel entourage pro peut être constitué des anciens collègues (toujours salariés ou devenus freelances), ou de nouvelles rencontres occasionnées lors de collaborations à des projets, ou bien lors de sorties (conférences, réunions, afterworks, etc). Ce sont aussi les prestataires de service, et parfois les clients. Discuter avec des travailleurs indépendants ou des entrepreneurs, même s’ils n’opèrent pas du tout dans le même domaine d’activité, est très enrichissant. Selon le rôle que vous aviez en entreprise, ce nouvel entourage peut donc se révéler plus ouvert que celui d’avant… En tout cas, c’est ce vers quoi il faut tendre, à mon avis.

L’environnement, c’est aussi un lieu : bosser dans un endroit que l’on apprécie ne peut que faciliter les choses ; si vous travaillez à domicile, le mieux est de préparer cet endroit avant de vous lancer dans l’aventure. Après, vous n’en aurez plus le temps (ça fait 10 mois que je dois ranger la pièce dans laquelle je travaille !).

En petite conclusion : passer du salariat au freelance doit rester un choix, si possible, car l’indépendance ne mène pas à la sérénité. Mais revenons à l’essentiel : l’important, que l’on soit salarié, entrepreneur ou indépendant, est de gagner sa vie en s’ennuyant le moins possible !